Comprendre les troubles anxieux

Comprendre les troubles anxieux

Les paragraphes suivants ne permettent pas d’établir un diagnostic ; seul un professionnel habilité et possédant de solides connaissances en psychopathologie peut le faire. Ils ne reprennent donc pas l’intégralité des critères diagnostiques des classifications internationales, mais décrivent ce que vivent les personnes atteintes de ces troubles, et ce que ressentent leurs proches. En effet, il est souvent difficile de partager l’expérience vécue des troubles anxieux :

  • quels que soient leur bonne volonté et leur désir de bien faire, les proches (famille, amis…) ont du mal à comprendre ce que vivent les personnes atteintes de troubles anxieux – peut-être en partie parce que ces personnes ont du mal à exprimer ce qu’elles vivent ;
  • de leur côté, les personnes souffrant de troubles anxieux sont tellement prises par leur souffrance qu’il leur est difficile, voire impossible, de s’imaginer ce que vivent leurs proches.

 

Trouble d'anxiété généralisée (TAG)

Les personnes souffrant de TAG s’inquiètent énormément pour des choses de la vie quotidienne. C’est la maladie du souci. Elles sont bien conscientes que leurs inquiétudes sont excessives, que d’autres personnes dans la même situation s’en font moins, mais elles n’y peuvent rien. Elles sont tendues, fatiguées par tant de tensions. Pour se rassurer elles ont des comportements que leurs proches peuvent trouver envahissants : tendance à la surprotection, questions, appels téléphoniques… Souvent, d’ailleurs, ce sont les proches qui incitent à consulter : les personnes souffrant de TAG croient qu’il est normal qu’elles s’inquiètent ainsi, qu’elles sont faites comme ça, que ça fait partie de leur personnalité…

Lorsqu’elles découvrent que cette tension et cette fatigue peuvent être soulagées, ces personnes sont les premières à souhaiter se soigner.

Trouble panique, avec ou sans agoraphobie

Caractérisé par des attaques de panique (encore appelées crises d’angoisse) récurrentes et inattendues, ce trouble comporte la crainte persistante d’avoir d’autres attaques de panique. Parfois cette crainte s’accompagne d’une peur de se trouver dans un endroit (ou dans une situation) d’où on ne pourrait pas s’échapper facilement, ou dans lequel on ne pourrait pas trouver de secours en cas d’attaque de panique : cette peur est l’agoraphobie. Comme toutes les phobies, l’agoraphobie conduit à éviter les situations redoutées. Dans les formes les plus graves, la personne qui en souffre restreint de plus en plus ses déplacements jusqu’à ne plus sortir de chez elle.

Comme pour les autres troubles anxieux, les proches ont souvent du mal à comprendre que les personnes atteintes n’y peuvent rien. Ils voient leur souffrance ou leurs évitements, cherchent parfois à les raisonner, et se sentent terriblement impuissants. Cela peut entraîner une lassitude qu’ils surmontent vite lorsqu’ils apprennent que le trouble panique, avec ou sans agoraphobie, se soigne avec des méthodes qui ont fait leurs preuves.

Phobies spécifiques

Ce sont des peurs extrêmes de quelque chose de précis ; elles peuvent aller jusqu’à l’attaque de panique. Ces peurs sont exagérées par rapport à la réalité de la situation mais, même si les personnes phobiques en sont parfaitement conscientes, elles n’y peuvent rien. En dehors de la situation redoutée, les personnes phobiques mènent une vie tout à fait normale et ne sont pas particulièrement anxieuses (sauf si elles souffrent aussi d’un autre trouble anxieux). C’est pourquoi elles ont tendance à éviter les situations qui leur posent problème. Mais on ne peut pas toujours éviter ce qui nous fait souffrir, et si l’on y arrive la phobie peut représenter un véritable handicap.

Les proches sont parfois déconcertés par le comportement évitant ou paniqué de la personne phobique, et ne comprennent pas comment une personne par ailleurs très rationnelle peut se comporter ainsi. En fait les phobies ne relèvent pas du raisonnement ; elles se soignent très bien, mais par d’autres mécanismes.

Trouble anxiété sociale (ou phobie sociale)

Ce sont des peurs persistantes et intenses de situations sociales, de situations de performance devant des personnes non familières, ou encore de l’observation attentive d’autrui. Dans ces situations, les personnes atteintes d’anxiété sociale craignent d’agir (ou de montrer des symptômes anxieux) de façon embarrassante ou humiliante. Comme les situations redoutées génèrent effectivement une anxiété pouvant aller jusqu’à l’attaque de panique, les personnes concernées ont tendance à éviter ces situations. Les phobies sociales peuvent conduire au retrait social ; dans les formes les plus graves, certaines personnes peuvent même ne plus sortir de chez elles pour ne voir personne. Dans les formes plus légères, l’anxiété sociale provoque des comportements inhibés qui posent d’autres problèmes, notamment la pénible sensation d’être spectateur de sa propre vie. De fait, les personnes souffrant d’anxiété sociale sont fréquemment tristes, et cette tristesse peut se généraliser puis évoluer en authentique dépression.

Les proches voient que la personne concernée ne va pas bien, mais ils ne font pas toujours la différence entre une simple timidité et une anxiété sociale beaucoup plus handicapante. De ce fait, lorsque les évitements se répercutent sur eux (par exemple, refus de sortir du conjoint), ils peuvent les trouver très pesants. Lorsqu’ils perçoivent l’intense détresse à laquelle est exposée la personne souffrant d’anxiété sociale, ils se sentent totalement démunis. Ils sont alors soulagés d’apprendre que, quelles qu’en soient l’ancienneté ou la gravité, l’anxiété sociale peut se soigner.

Trouble obsessionnel-compulsif (TOC)

Comme son nom l’indique, ce trouble comporte :

  • des pensées récurrentes (les obsessions) qui provoquent une anxiété ou une détresse importante pouvant aller jusqu’à l’attaque de panique,
  • et/ou des comportements que l’on se sent poussé à accomplir en réponse à ces obsessions (les compulsions, encore appelées rituels). Les rituels peuvent être des comportements observables (par exemple, ouvrir/fermer une porte), ou des rituels mentaux (par exemple, compter ou dire une phrase de manière silencieuse).

Qu’elles les estiment justifiées ou non, les personnes souffrant de TOC voudraient être moins préoccupées par leurs obsessions qui leur prennent un temps parfois considérable, elles voudraient aussi pouvoir se libérer de leurs rituels qu’elles jugent parfois absurdes, mais elles n’y peuvent rien. Au fil du temps et des années qui passent (le TOC est une maladie chronique), les personnes qui en sont atteintes voient que leurs efforts pour stopper leurs pensées ou leurs rituels ne changent rien ; souvent leur trouble a tendance à s’aggraver. Ce sentiment d’impuissance récurrent provoque le découragement, qui peut évoluer en une dépression d’autant plus douloureuse que l’angoisse ne diminue pas.

De leur côté, leurs proches sont pris dans des contradictions très difficiles à vivre. Une première contradiction est le fait qu’une personne très intelligente (c’est souvent le cas des personnes qui souffrent de TOC) puisse faire des choses (les rituels) qu’ils jugent bizarres ; de plus cette personne réagit très fort quand on essaie de la raisonner, ou de l’empêcher d’accomplir ses rituels. L’autre contradiction, sans doute la plus douloureuse, est que les proches ne savent absolument pas quoi faire lorsque la personne souffrant de TOC leur demande de participer à ses rituels : faut-il participer ou pas ? Les arguments pour et contre chacune de ces options se bousculent… on voudrait aider, mais comment ?

Par sa complexité et l’intensité des souffrances qu’il provoque, le TOC est l’un des troubles anxieux les plus délicats à traiter mais il se soigne. Dans la plupart des cas le soulagement obtenu est appréciable, et très apprécié par les personnes concernées et par leurs proches.

Etat de stress aigu, état de stress post-traumatique

Ces troubles peuvent se produire à la suite d’un événement traumatique au cours duquel la personne a vécu une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur. Par convention, dans les 4 semaines qui suivent l’événement on parle de stress aigu ; au-delà de 4 semaines, il s’agit de stress post-traumatique.

Les deux troubles se caractérisent, à des degrés divers, par :

  • des reviviscences de l’événement : souvenirs répétitifs et envahissants de l’événement, sentiment de le revivre soudain, cauchemars, ou encore angoisse intense pouvant aller jusqu’à l’attaque de panique lors de l’exposition à ce qui peut rappeler l’événement traumatique ;
  • l’évitement de tout ce qui est associé au traumatisme (situations, conversations…) et/ou une certaine anesthésie émotionnelle ;
  • une hyperréactivité sur d’autres plans : irritabilité, hypervigilance (on est toujours sur ses gardes, aux aguets), réactions de sursaut au moindre bruit…

Dans l’expérience de la personne traumatisée, trois aspects sont réellement terrifiants lorsqu’ils existent :

  • un sentiment d’étrangeté pendant l’événement, d’être en-dehors de la réalité…
  • après coup, l’impression que rien n’est plus pareil, que tout est changé, que ce à quoi on croyait le plus (la sécurité, la justice…) s’est effondré, qu’il y a un avant et un après, que l’avenir est irrémédiablement bouché…
  • la certitude que les autres ne peuvent pas comprendre, qu’on est devenu comme étranger à leurs préoccupations – et inversement.

Les proches sont, la plupart du temps, loin de s’imaginer l’intensité de ce que vit la personne traumatisée, surtout lorsqu’aucun signe physique (par exemple, blessure) ne leur rappelle l’actualité du traumatisme. Effectivement, comme le pense la personne traumatisée, ils ne comprennent pas. Mais ils ne peuvent pas comprendre, à moins d’être convenablement informés par un professionnel de santé ou par des recherches personnelles – peut-être à la lecture de ces lignes. Ce que vit une personne traumatisée est tellement violent, tellement durable aussi, et tellement éloigné de l’expérience ordinaire, que c’est tout simplement inimaginable.

Le problème est que, prise par sa souffrance, la personne traumatisée n’imagine pas un seul instant qu’il est normal que des non initiés ne comprennent pas ce qu’elle vit. Elle se sent incomprise, mais surtout délaissée, parfois abandonnée, voire traumatisée une deuxième fois… Alors elle réagit, souvent par la colère, et ses proches qui ignorent la raison de ce comportement comprennent de moins en moins…

On voit qu’à la complexité du stress post-traumatique s’ajoute la complexité des relations sociales dont les lignes précédentes ne donnent qu’un rapide aperçu. La souffrance est d’une intensité inouïe, parfois elle dure depuis des années, et pourtant elle se soigne. Le traitement en est particulièrement délicat, d’autant que le stress post-traumatique coexiste fréquemment avec une dépression ; mais il est possible d’atténuer la douleur, de permettre à la personne traumatisée de reprendre le cours de sa vie.