Comprendre la dépression

Comprendre la dépression

Les lignes suivantes ne permettent pas d’établir un diagnostic ; seul un professionnel habilité et possédant de solides connaissances en psychopathologie peut le faire. Elles ne reprennent donc pas l’intégralité des critères diagnostiques des classifications internationales, mais décrivent ce que vivent les personnes atteintes de ces troubles, et ce que ressentent leurs proches. En effet, il est difficile de partager l’expérience vécue des troubles dépressifs :

  • quels que soient leur bonne volonté et leur désir de bien faire, les proches (famille, amis…) ont du mal à comprendre ce que vivent les personnes atteintes de troubles dépressifs – peut-être en partie parce que ces personnes ont du mal à exprimer ce qu’elles vivent ;
  • de leur côté, les personnes souffrant de troubles dépressifs sont tellement prises par leur souffrance qu’il leur est difficile, voire impossible, de s’imaginer ce que vivent leurs proches.

 

La dépression caractérisée

Un épisode dépressif majeur (« majeur » veut dire « caractérisé » ; ce terme peut s’appliquer à des dépressions légères, modérées ou sévères) peut se manifester de manières très différentes, au point que parfois on ne reconnaît pas qu’il s’agit de dépression. Cela peut aller des manifestations les plus évidentes (tristesse, pleurs, idées suicidaires) à des signes beaucoup moins spécifiques d’une dépression (fatigue, douleurs rebelles, irritabilité…)

Mais dans tous les cas, un épisode dépressif majeur comporte :

  • une humeur déprimée (avec de la tristesse), et/ou une perte d’intérêt pour ce qu’on aimait auparavant (une absence de plaisir) ; on notera que l’humeur n’est pas toujours déprimée (triste) dans une dépression, ce qui peut induire en erreur la personne concernée et son entourage ;
  • une rupture par rapport à ce qu’on était avant ; par exemple, une personne habituellement énergique n’arrive plus à faire quoi que ce soit (ou cela lui demande un grand effort), une personne qui était gaie et avait le sens de l’humour ne s’amuse plus de rien, une personne auparavant calme et posée s’irrite désormais d’un rien…
  • un état qui se prolonge ; une tristesse passagère n’est pas de la dépression – mais une humeur triste pratiquement toute la journée et presque tous les jours pendant au moins 15 jours, doit inciter à demander un diagnostic.

S’y ajoutent des problèmes divers qui peuvent être, selon les cas :

  • des problèmes physiques : par exemple une grande fatigue, des douleurs, des problèmes de sommeil ou d’appétit, un ralentissement général ;
  • des problèmes de fonctionnement de la pensée : notamment des difficultés de concentration, une mémoire défaillante, mais aussi un raisonnement transformé par la maladie dépressive (dans le langage courant, on dit qu’on voit les choses en noir) ;
  • des problèmes relationnels : un repli sur soi, de l’irritabilité, des problèmes de communication, une baisse du désir sexuel…

La dépression caractérisée se soigne et guérit, mais il peut y avoir des rechutes. Un trouble dépressif peut donc être constitué de plusieurs épisodes dépressifs, et il est recommandé de consulter à nouveau dès les premiers signes de rechute.

La dépression bipolaire

Parfois les épisodes de dépression alternent avec des épisodes pendant lesquels l’humeur est au beau fixe, ou bien des périodes pendant lesquelles on est extrêmement irritable.

Ces signes peuvent évoquer un trouble bipolaire – maladie qui nécessite un traitement adapté : en allant consulter, il est important de parler de tous ces épisodes passés.

Les autres formes de dépression

Certaines formes ne présentent pas tous les signes d’une dépression caractérisée, mais les symptômes existants peuvent être très douloureux à vivre.

Il peut s’agir d’un trouble dysthymique, ou bien d’un aspect d’un trouble de la personnalité. Ces formes de dépression sont généralement plus durables que les dépressions caractérisées, et sont délicates à soigner.

Les relations avec les proches

La dépression transforme la personne qui en est atteinte, mais personne ne peut comprendre une pareille transformation.

  • Les proches ne savent pas toujours ce qu’est la dépression, parfois même ils ne savent pas qu’une dépression explique ce qu’ils voient et vivent au quotidien. Ils voient quelqu’un qui (croient-ils) se laisse aller aux idées noires, à la fatigue et même à l’inactivité partielle ou totale. Ils peuvent avoir l’impression (fausse) que leur proche ne pense plus qu’à lui, qu’il les délaisse, qu’il ne les aime plus… Ils voient aussi quelqu’un qui s’isole de plus en plus, qui refuse les distractions qui (croient-ils) pourraient lui changer les idées… Alors (croyant bien faire) ils essaient de faire réagir la personne déprimée, lui disent de se secouer… Ils ne savent pas que la personne déprimée est submergée par la dépression, et qu’elle n’y peut rien !
  • De son côté la personne déprimée ne se reconnaît pas. Elle se sent dépassée, et s’en veut d’être dépassée ; elle se reproche d’être faible, et ne comprend pas pourquoi elle n’a pas la force de dépasser cette faiblesse. Souvent, elle ressent une fatigue insurmontable. Elle se rend compte que ses proches subissent la situation, et se sent coupable de leur faire du mal. Elle se rend compte aussi que les remarques de ses proches lui font plus de mal que de bien, mais ne sait pas pourquoi et se sent encore plus coupable…

Or la personne déprimée et ses proches partagent souvent la même idée reçue selon laquelle, pour s’en sortir, ce serait une simple question de volonté. Autrement dit, il suffirait de le décider pour aller mieux ! Cela peut être vrai pour les petites déprimes, mais certainement pas pour la dépression. La dépression est une vraie maladie, qui se soigne avec des traitements adaptés mais contre laquelle la volonté ne suffit pas.

Alors, que faire ?

  • Si le lecteur pense à la dépression pour lui-même, nous l’encourageons chaleureusement à consulter, en sachant que ce n’est pas toujours facile. Mais vraiment, c’est important de soigner une dépression, et c’est tellement plus facile après !
  • Si le lecteur pense à la dépression pour un proche, il s’est probablement déjà rendu compte qu’il n’est pas – quels que soient son affection pour ce proche et son souhait de l’aider - la personne la mieux placée pour aider efficacement. Le mieux qu’il puisse faire, est de lui apporter de l’information (éventuellement en lui faisant lire ces lignes), et surtout de l’encourager doucement, délicatement, à consulter – en sachant que ce n’est pas facile pour une personne déprimée.