Comment choisir son psy ? Et sa psychothérapie ?

Comment choisir son psy ? Et sa psychothérapie ?

Lorsqu’on envisage de se faire aider par un professionnel, se pose la question du -ou plutôt des- choix : à qui s’adresser ? A quel type de « psy » ? Et d’abord, qui sont les « psy » ? Comment peut-on savoir si c’est quelqu’un de sérieux, si on ne court pas le risque d’aller plus mal, de se faire abuser, embrigader ?? Et puis, il y a plusieurs écoles différentes : comment savoir vers laquelle se tourner, en fonction de son problème, de ses goûts ou de sa personnalité ?

 Il est conseillé de s’adresser à un professionnel recommandé par son médecin traitant, par des personnes de confiance ou par des sources sérieuses (sites Internet de sociétés savantes), un spécialiste qui pratique des thérapies reconnues, et de s’informer sur ses diplômes et autres qualifications.  

Les psy : qui sont-ils, que font-ils ?

Le psychiatre

  • C’est un médecin, qui a d’abord fait des études de médecine comme tous les autres médecins, et qui s’est ensuite spécialisé en psychiatrie. En tant que médecin il peut prescrire des médicaments (c’est le seul « psy » qui a le droit de le faire) et ses consultations sont remboursées par la Sécurité Sociale, au moins en partie.
  • Souvent les psychiatres s’en tiennent au rôle de prescripteur, de médicaments ou de psychothérapie ; dans ce dernier cas ils recommandent leurs patients à des psychothérapeutes. Certains psychiatres sont formés également à la psychothérapie, et la pratiquent : ils sont donc aussi psychothérapeutes (cf. ci- dessous).

Le psychologue

  • Il est, parmi les « psy », celui qui a fait les études les plus longues en psychologie – au moins cinq ans après le bac. Ce n’est pas un médecin, il ne peut donc pas prescrire de médicaments. Ses consultations ne sont prises en charge par la Sécurité Sociale que dans les établissements publics (hôpital, hôpital de jour, CMP, Centre d’accueil et de crise…). Signalons toutefois que certaines assurances complémentaires, selon la formule choisie, proposent le remboursement au moins partiel d’un certain nombre de séances. On peut aller voir un psychologue sans passer par un médecin (la psychologie n’est pas une profession para-médicale) ; mais comme les médecins connaissent souvent de bons psychologues, on peut utilement leur demander des adresses.
  • Le titre de psychologue est protégé par une loi de 1985, et les psychologues qui veulent soigner des patients (ce n’est pas le cas de tous les psychologues) doivent faire enregistrer leurs diplômes et se faire inscrire au répertoire ADELI (le même que les médecins et les autres professionnels de santé). Comme les psychiatres, les psychologues doivent se former à la psychothérapie s’ils veulent devenir psychothérapeutes ; en pratique, psychiatres et psychologues suivent les mêmes formations en psychothérapie (formations de sociétés savantes, diplômes universitaires ou inter- universitaires).

Le psychothérapeute

  • Il soigne des problèmes psychologiques (par opposition aux problèmes physiques) par des moyens psychologiques (par opposition aux médicaments). C’est souvent un psychiatre ou un psychologue qui, en plus de ses études spécifiques, s’est formé à la psychothérapie – mais il peut n’être ni l’un, ni l’autre.
  • La protection du titre de psychothérapeute se met en place progressivement en France. Une loi a été votée en 2004 et modifiée en juillet 2009. Elle a reçu un décret d’application en date du 20 mai 2010, et un autre le 7 mai 2012 (documents disponibles sur le site Légifrance). Elle est applicable, même si tous les éléments ne sont pas encore stabilisés. S’ouvre donc une période pendant laquelle les psychothérapeutes ne seront pas encore tous conformes à la nouvelle réglementation.
  • Pendant cette période transitoire, une grande disparité subsistera parmi les psychothérapeutes qui ne sont ni psychiatres, ni psychologues : certains ont une formation solide et sont d’excellents psychothérapeutes, mais d’autres ont des formations très légères voire pas de formation du tout, d’autres encore se sont formés en toute bonne foi à des « thérapies » dangereuses, qui ont fait beaucoup de mal à de nombreux patients. Un bon moyen d’être sûr qu’un psychothérapeute inconnu a des connaissances minimales en psychopathologie, reste de vérifier s’il est psychiatre, ou psychologue spécialisé en psychologie clinique et pathologique. Dans le cas contraire il est possible de vérifier, sur le registre départemental des psychothérapeutes, si le thérapeute concerné a effectivement le droit de se prévaloir du titre de psychothérapeute.

Le psychanalyste

  • Souvent psychiatre ou psychologue mais pas toujours, le psychanalyste a lui-même suivi une psychanalyse avant et pendant sa formation dans une société savante.
  • Les écoles de psychanalyse forment des analystes aux pratiques très différentes : les uns ne parlent pas ou peu, d’autres posent des questions précises aux patients ; le cadre diffère également (bureau, divan…) Certains psychanalystes pratiquent la cure psychanalytique traditionnelle comme le faisait Freud, mais la plupart pratiquent des psychothérapies d’inspiration psychanalytique, moins contraignantes.

Les médicaments psychotropes

Ils sont prescrits par le médecin traitant ou le psychiatre ; l’adjectif « psychotrope » veut dire « qui a une action sur le psychisme ». On distingue plusieurs classes de médicaments actifs sur le psychisme :

  • les antidépresseurs (qui agissent sur la dépression et sur certains troubles anxieux),
  • les anxiolytiques (qui agissent sur l’anxiété),
  • les hypnotiques (qui font dormir, autrement dit les somnifères),
  • les normothymiques ou thymorégulateurs (qui régulent les hauts et les bas dans les troubles bipolaires),
  • les neuroleptiques (qui soignent des troubles comme la schizophrénie, mais qui sont parfois prescrits dans des formes sévères de certains troubles anxieux ou dépressifs),
  • les psychostimulants (qui agissent notamment sur les troubles déficitaires de l’attention et l’hyperactivité de l’enfant).

Soulignons tout d’abord que les médicaments sont indispensables dans les troubles bipolaires et la schizophrénie (ce dernier trouble n’est pas abordé dans ce site).

Pour les troubles anxieux et dépressifs (dépressions non bipolaires) d’intensité légère ou modérée, des études ont comparé l’efficacité des médicaments et de certains types de psychothérapie ; globalement les psychothérapies efficaces sont plus efficaces, dans la durée, que les médicaments. Mais pour certains troubles anxieux ou dépressifs sévères les médicaments sont vivement conseillés, si possible en association avec une psychothérapie. Les antidépresseurs doivent être pris à dose efficace (il ne faut pas prendre des doses plus faibles que celles que le médecin a prescrites), et suffisamment longtemps. En revanche les anxiolytiques comme les hypnotiques sont généralement prescrits pour des durées courtes, et sous une surveillance médicale rapprochée.

Ces éléments ne sont que des pistes de réflexion très larges, destinées à faciliter le dialogue entre le patient et son médecin.

Les psychothérapies

Il existe de très nombreuses formes de psychothérapie : plusieurs centaines ! On se contentera ici de présenter les trois formes les plus connues et pratiquées en France, qui sont aussi enseignées dans les universités et pratiquées dans les hôpitaux français : la psychanalyse, les thérapies systémiques et les thérapies comportementales et cognitives (TCC).

La psychanalyse comprend la traditionnelle cure psychanalytique, allongé sur un divan, mais aussi diverses psychothérapies d’inspiration analytique. Dans tous les cas, le travail entrepris vise à dévoiler des mécanismes inconscients qui, dans cette conception de l’esprit humain, sont à l’origine des problèmes rencontrés. Pour ce faire, le psychanalyste utilise des interprétations de ce que dit le patient. La cure psychanalytique, mais aussi les psychothérapies d’inspiration psychanalytique, durent généralement plusieurs années.

Les thérapies systémiques considèrent que les problèmes d’une personne traduisent en fait les problèmes du système (familial, professionnel ou autre) dans lequel elle vit : pour soigner la personne, il convient donc de s’intéresser à l’ensemble du système. En pratique, ces thérapies sont surtout utilisées en tant que thérapies familiales. Elles sont pratiquées par quelques équipes, à l’hôpital ou dans des structures sociales, mais leur diffusion reste encore assez limitée en France.

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) se centrent sur le problème que rencontre le patient. Elles ne cherchent pas à en décrypter les mécanismes inconscients, le thérapeute ne fait pas d’interprétations de ce que dit le patient, et elles sont beaucoup plus courtes qu’une psychanalyse. Leur but est simplement de soulager la souffrance, de soigner le patient, et si possible de le guérir. Elles ne mésestiment pas l’influence que peut avoir l’entourage du patient et, plus généralement, son environnement ; cependant, contrairement aux thérapies systémiques, elles n’y voient pas la source principale des problèmes du patient. Plus d’informations sur les TCC…

 

Ce premier pas franchi, lorsqu’on se trouve en face du professionnel choisi, comment savoir si la personne qu’on a en face de soi est un bon thérapeute, s’il ne va pas nous faire plus de mal que de bien ? C’est loin d’être simple…

 Tout d’abord on peut se baser sur son ressenti : si on n’a pas un bon contact avec un thérapeute, si l’on ne se sent pas en confiance, c’est peut-être un bon thérapeute mais il ne nous convient pas (dans ce cas n’insistons pas, et allons voir quelqu’un d’autre !) 
 Et puis on peut observer si le thérapeute respecte des règles minimales, à savoir les droits de son patient et ses devoirs de thérapeute. En voici une liste, issue d’un livre de Christophe André et François Lelord qui fait référence à bien des égards :

Les droits du patient et les devoirs du thérapeute

« Les droits du patient

En tant que patient, vous avez des droits inaliénables :

  • Le droit d’être écouté. Si votre thérapeute ne vous écoute manifestement pas, et ce, de façon régulière (tout le monde peut être fatigué un jour !), s’il a trop souvent l’air pressé ou agacé par vos propos, posez-vous des questions sur sa capacité à vous aider.
  • Le droit de recevoir des réponses aux questions que vous vous posez : à quelle école appartient le thérapeute ? quels sont ses diplômes ? quelles sont ses méthodes ? pourquoi utilise-t-il telle ou telle technique ?
  • Le droit de recevoir les meilleurs soins possibles en l’état des connaissances actuelles. La psychothérapie, comme la médecine, comporte ce qu’on appelle une « obligation » de moyens, et non de résultats. Le thérapeute ne peut pas vous garantir la guérison. Par contre, il doit s’engager, s’il accepte de vous soigner, à faire de son mieux pour vous guérir.

Les devoirs du thérapeute

Voici quelques caractéristiques importantes, selon nous, pour tout bon thérapeute :

  • Il ne vous embarque pas tout de suite dans une thérapie. Il vous explique comment il voit votre problème.
  • Il vous explique comment va se passer la thérapie.
  • Il met au point avec vous des objectifs réalistes.
  • Il accepte ou encourage vos questions et vos remarques.
  • Il ne cherche pas à devenir votre ami ou votre gourou.
  • Il ne se sent pas obligé de dire du mal des autres écoles de thérapie. Il accepte que vous interrompiez la thérapie, sans essayer de vous culpabiliser ou de vous angoisser, mais après vous avoir donné son avis sur ce point. »

Citation extraite du livre de Christophe André et François Lelord « L’estime de soi. S’aimer pour mieux vivre avec les autres », paru chez Odile Jacob (édition : avril 2007).